journal trait d'union paysan

Une autre façon de soigner

Ostéopathie animale : une autre façon de soigner ses vaches

Par Sébastien Garcia

lise-menudier-osteopathe-bovinAvec Lise Menudier, la notion de « contact » avec l’animal prend tout son sens. À 24 ans, cette pétillante fille d’agriculteur de Charente, installée à Toulouse depuis quelques mois, s’est fait une spécialité en ostéopathie pour les animaux, notamment les bovins. « C’est une pratique répandue dans le monde du cheval, qu’on rencontre beaucoup en Europe du nord », explique-t-elle.

 

Traiter l’animal comme un individu

Les blessures ou traumatismes sont pourtant fréquents chez les animaux d’élevage (glissades, chutes, chevauchements, affrontements, vêlages difficiles…). Cela se traduit par des boiteries, des animaux couchés, des problèmes de mâchoire, etc. Là où le vétérinaire interviendra avec des anti-inflammatoires pour soulager la douleur conséquente au traumatisme, l’ostéopathe va essayer de remonter aux causes du dysfonctionnement de l’organisme. Par une écoute « manuelle » (palpation) et une série de tests, elle va évaluer la mobilité des articulations et des tissus musculaires. « La discussion avec l’éleveur est très importante », souligne Lise Menudier. De fait, si elle connaît parfaitement l’anatomie et la physiologie des animaux, il lui manque toutefois les informations sur le mode de vie de son « patient » : habitudes, caractère, historique de vie, parcours emprunté dans les déplacements. Elle a ainsi remarqué que certaines salles de traite n’étaient plus adaptées aux vaches laitières d’aujourd’hui, toujours plus productives et donc imposantes. « Je vois de plus en plus souvent des cas de déhanchement de vaches, dus à des sorties répétées, toujours dans le même sens, d’une salle de traite trop étroite par rapport à leur corpulence », explique-t-elle. « Mon travail sera donc de redonner de la mobilité à l’articulation bloquée, mais aussi d’alerter l’éleveur sur la cause de la blessure de sa bête. » Toute énergique qu’elle soit, il est évident que Lise ne peut pas intervenir sur l’ossature même de la vache. Elle agit sur la structure osseuse en détendant les muscles qui y correspondent, de façon à « libérer » l’articulation bloquée ou restreinte. Ce n’est qu’alors que les mécanismes d’autorégulation de l’animal peuvent se mettre en œuvre et rétablir l’équilibre perdu. « C’est un travail qui ne peut se faire qu’avec l’accord et la confiance de l’animal », insiste la jeune fille. « Chacun a un caractère différent, qu’il faut prendre en compte. C’est pourquoi, dans la mesure du possible, je préfère intervenir sur un bovin qui n’est pas entravé. Cela se passe toujours mieux, avec moins de stress pour la vache qui ne se sentira pas piégée. Je lui parle et lui laisse la possibilité de reculer si elle le souhaite. Au final, une fois la vache en confiance, c’est elle qui devient demandeuse de soin. J’en ai même eu une qui s’est allongée tellement elle appréciait ! »

Une réponse économique et réglementaire

Méthode douce ne veut pas forcément dire longue et donc chère. La plupart du temps, une séance de 45 mn suffit à diagnostiquer le traumatisme, débloquer le muscle ou l’articulation et lancer le processus de guérison. En fonction de la dysfonction, de l’état général et de la collaboration de l’animal, Lise peut être amenée à le revoir, même si c’est peu courant. Avec un tarif de 60€ la séance pour un bovin (hors frais de déplacement), le coût du soin reste inférieur à une intervention puis un traitement vétérinaire. Lise Menudier tient quand même à éviter toute polémique. « L’ostéopathie est complémentaire de la médecine vétérinaire », insiste-t-elle. « Il y a des blessures ou traumatisme sur lesquels je peux apporter une réponse et d’autres sur lesquels seul un traitement pharmaceutique sera efficace. Le bien-être et la santé d’un animal dépendent d’une chaîne de collaboration qui regroupe vétérinaire, ostéopathe, pareur, éleveur, etc. » L’intérêt de l’ostéopathie animale réside surtout dans l’absence de traitement médicamenteux. Dans le cas d’un élevage laitier, cela permet de soigner une vache sans interrompre la traite. « Il y a souvent des cas où une vache laitière qui produit bien boite après un vêlage », note Lise. « On comprend que l’éleveur hésite à la sortir de la production pendant plusieurs jours. C’est là où l’ostéopathie est vraiment un avantage. » La réglementation interdit également l’envoi à l’abattoir d’un animal qui boite. Là aussi, le recours à l’ostéopathie permet d’éviter des frais vétérinaires mais aussi les délais d’attente obligatoires consécutifs à la prise de médicaments. « C’est une pratique qui présente de nombreux atouts, surtout quand il s’agit d’animaux qui rentre dans le cadre de la consommation humaine », résume la jeune femme.

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Réapprendre à toucher ses animaux

« Quand j’arrive la 1ère fois dans une exploitation, l’éleveur me regarde bizarrement, en se demandant comment je vais pouvoir manipuler une vache avec mes petits bras », rigole Lise Menudier. « C’est vrai que le cuir d’un bovin est très épais et qu’atteindre les tissus au travers, pour sentir les problèmes, nécessite pas mal d’énergie. Mais ça demande surtout de la concentration. Contrairement au public équin, les éleveurs me laissent généralement travailler tranquillement, en se tenant légèrement à distance, de façon à ne pas perturber la vache. » Une des choses qu’apprécie l’ostéopathe dans son métier est de réapprendre aux éleveurs à toucher leurs bêtes. Beaucoup sont ainsi surpris de vraiment sentir le muscle d’une vache se « réveiller » quand l’innervation et la vascularisation reprennent leur pleine fonction dans un membre atrophié, après l’intervention. « Il faut que les éleveurs reprennent l’habitude de manipuler leurs animaux et ainsi pouvoir éventuellement faire un prédiagnostic sommaire de l’endroit où ils souffrent », poursuit-elle. Cela peut être d’autant plus important que Lise Menudier se déplace parfois sur de longues distances, avec des frais induits qui peuvent être élevés. Avant de se déplacer, elle demande donc à l’éleveur de faire quelques tests pour déterminer la nature et la gravité du dysfonctionnement. « Cela nécessite d’avoir quelques notions d’anatomie que certains ont, et d’autres trop peu », estime-t-elle. Être à l’écoute de ses animaux permet aussi de ne pas attendre trop longtemps avant de demander une intervention et d’éviter une aggravation des dommages. « L’ostéopathie étant très peu connue, on m’appelle souvent en dernier recours », regrette Lise. « Plus on intervient tôt, plus les chances de guérison rapide augmentent. Ceci dit, j’ai eu le cas d’une vache qui avait le bassin rétroversé depuis plus de 6 mois, suite à une mauvaise manipulation du pareur. L’éleveur m’a appelée une semaine après mon passage pour m’annoncer que sa vache recommençait à poser le pied. »

Lise Menudier ne traite pas que les bovins. Elle peut intervenir sur tout type d’animaux.
À son palmarès, elle a déjà soigné chats, chiens, chevaux, ânes, vaches, taurillons, brebis, chèvres, lapins, furets et même lamas ! Elle propose également des forfaits pour suivis de troupeau. « Plusieurs éleveurs m’ont demandé de passer avant la mise à l’herbe, pour contrôler l’état général de leur cheptel. Prêter attention à ses bêtes, renouer un contact physique avec elles et faire de la prévention sont les meilleurs moyens de limiter les risques de blessures », conclut-elle.

[themecolor]Lise Menudier est venue à l’ostéopathie par expérience personnelle, un ostéopathe et un posturologue lui ayant évité une opération lourde suite à de graves problèmes de genou et de hanche, il y a quelques années. Diplômée de l’European School of Animal Osteopathy de Brighton (GB), elle a ensuite été formée sur le terrain par le Docteur Capitaine, vétérinaire, ostéopathe et acupuncteur à Montendre (Charente). Elle est membre de la Fédération Européenne des Ostéopathes.[/themecolor]

Installée à son compte à Toulouse, depuis novembre dernier, vous pouvez la joindre au 06.64.98.05.24.

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